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14° Edito : Violences envers les femmes au Costa Rica et au Guatemala

AFFICHE-Costa-Rica-Femmes.pngMichèle Vianès, présidente de Regards de Femmes a été invitée par les Ambassades de France et d’Allemagne au Costa Rica du 6 au 11 aout, dans le cadre du 50ème anniversaire des accords de l’Elysée, puis par l’Ambassade de France du Guatemala, du 12 au 15 aout, pour participer à plusieurs colloques et réunions concernant la lutte contre les violences envers les femmes. Ce sont les 2 seuls pays d’Amérique centrale où des lois contre les fémicides ont été prises. En 2007 au Costa Rica, en 2008 au Guatemala.

Les 9 et 10 Aout, au Costa Rica, le Foro sobre la prevencion y la lucha contra la violencia hacia las mujeres à l’Institut Interaméricain des droits humains, ouvert par Luiza Carvalho, coordinatrice des Nations Unies pour le Costa Rica.
 

Michèle Vianès est intervenue,

  • lors du panel inaugural sur l’analyse conceptuelle des différentes formes de violence envers les femmes- Análisis conceptual de las distintas formas de violencias hacia las mujeres (Intervention en français, Présentation en espagnol),
  • puis sur le rôle des associations pour l’obtention des lois et leur application effective El papel de la sociedad civil en la implementación de las leyes de protección de las mujeres y comunicación de los avances legislativos en materia de Violencia de Genero (Intervention en français, Présentation en espagnol),
  • enfin sur La longue marche des femmes françaises vers l’émancipation et l’autonomie La lenta marcha de las mujeres francesas hacia su autonomía y su emancipación (Intervention en français, Présentation en espagnol).

Au Guatemala, en partenariat avec ONU Femmes et le secretaria présidencial de la mujer du gouvernement du Guatemala, ont eu lieu:

  • le 11 aout un forum sur le suivi et l’application des lois sur les violences envers les femmes Aplicacion, seguimiento y evaluacion del marco normativo para el abordaje de la violencia contra las mujeres, [Compte rendu en espagnol du forum]
  • le 12 aout un atelier avec des magistrats du Ministère public, dont Dra Juana Solis Rosales, présidente de la Cour d’Appel du tribunal spécial contre les fémicides et autres formes de violences envers les femmes qui va siéger pour la première fois le 24 aout 2012, des médecins responsables des services médico-légaux, et les ONG qui accompagnent les agents du Ministère public.
  • Une rencontre-débat avec les ONG locales et une visite au siège de l’association Sobravivientes pour rencontrer Norma Cruz (décorée de la Légion d’Honneur) et une des psychologues de l’association.

Les différentes tables rondes ont permis de mettre en lumière la violence structurelle envers les femmes, due à la persistance dans les têtes du patriarcat archaïque produisant permissivité et indifférence sociales.
Des lois sont votées, mais leur application, trop rare, largement insuffisante, ne donne pas de signal fort aux auteurs des violences, confortés par une culture générale d’impunité de ces crimes. Trop souvent encore, les violences sont considérés comme des actes isolés, concernant une personne ou une situation donnée, et non comme des phénomènes sociétaux, des problèmes sociaux graves : les « scénarios », les protocoles identiques observés dans les différents pays en sont la preuve.
Une aggravation de la situation se constate partout, au Guatemala, entre 1995 et 2004, les homicides ont augmenté de 68% et les fémicides de 144%, en Honduras, entre 2003 et 2007, les homicides ont augmenté de 40 % et les fémicides de 166%. Ceci prouve qu’il ne s’agit pas d’une augmentation généralisée des violences mais bien de ce que dénonce les associations : le patriarcat condamne les femmes à mort en Amérique centrale, elles sont toutes dans « l’œil du cyclone ». Il n’y a pas de lieu sûr pour les femmes. En 2007, 603 fémicides au Guatemala, (pays de 14,7 millions d’habitants) 45 au Costa Rica (pays de 4,7 millions d’habitants).
« Des crimes d’une telle ampleur sont impossibles sans la participation complice et la tolérance des secteurs de la classe politique qui en profite directement ou indirectement et qui propage une culture d’impunité et de complaisance face à la prostitution et à la traite des femmes ». [1]
« Les petites filles et les adolescentes sont les victimes les plus nombreuses de l’exploitation sexuelle marchande et de la prostitution. Cette activité délictuelle croit de manière incontrôlée parce qu’elle est tolérée par les sociétés patriarcales, stimulée par les moyens de communication et l’impunité. » [2]
Pour diminuer ces violences quotidiennes, des mesures essentielles ont été rappelées par les différents intervenants. Pour l’avenir, éduquer les garçons et les filles au respect mutuel et mettre en place des programmes de soutien aux enfants et adolescents en rupture familiale, pour le présent condamner les auteurs de violences envers les femmes, dès le premier délit et favoriser l’accès des victimes à des lieux sécurisés.
L’implication des Etats, par des politiques globales, est indispensable, avec l’appui des organismes tels l’Institut interaméricain des doits humains IIDH, la Cour Interaméricaine des droits humains de justice CIDH, des organismes internationaux ONU, PNUD, FNUAP et l’aide des associations et réseaux intra et interaméricains, tels CEFEMINA (centro feminista de information y action) ou le Réseau Féministe Red Feminista Centroamericana Contra la Violencia Hacia las Mujeres.

Parmi les mesures importantes prises par les Etats :

  • au Costa Rica, un programme d’éducation sexuelle et reproductive dans les collèges, pour les filles comme les garçons, à la rentrée de février 2013 (20% des mères sont des fillettes et adolescentes de moins de 19 ans)
  • au Guatemala, des tribunaux spécifiques pour juger des violences envers les femmes.

[1] No olvidamos ni acceptamos femicidio en Centra America, 2000-2006, Cefemina, 2010, Costa Rica, p 149.
[2] Id, p.163.

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